{"id":9676,"date":"2026-05-18T16:22:40","date_gmt":"2026-05-18T16:22:40","guid":{"rendered":"https:\/\/auctionafrique.co.uk\/2026\/05\/18\/lespagne-sapplique-a-soigner-son-hopital-public\/"},"modified":"2026-05-18T16:22:40","modified_gmt":"2026-05-18T16:22:40","slug":"lespagne-sapplique-a-soigner-son-hopital-public","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/auctionafrique.co.uk\/ar\/2026\/05\/18\/lespagne-sapplique-a-soigner-son-hopital-public\/","title":{"rendered":"L\u2019Espagne s\u2019applique \u00e0 soigner son h\u00f4pital public"},"content":{"rendered":"<p><br \/>\n<\/p>\n<div>\n\t\t\t\t\t A quelques kilom\u00e8tres du Maroc, l\u2019Espagne socialiste choisit de remettre l\u2019h\u00f4pital public au centre de sa politique sanitaire. Elle limite le recours au priv\u00e9, encadre les partenariats, impose l\u2019\u00e9valuation et rappelle que la sant\u00e9 ne peut pas \u00eatre abandonn\u00e9e \u00e0 la seule logique du march\u00e9. Au m\u00eame moment, le Maroc g\u00e9n\u00e9ralise la couverture m\u00e9dicale, mais sans d\u00e9montrer clairement que cet effort collectif sert d\u2019abord \u00e0 reconstruire l\u2019h\u00f4pital public. <\/p>\n<p>C\u2019est ici que commence la vraie comparaison. Il ne s\u2019agit pas d\u2019opposer deux pays aux institutions diff\u00e9rentes, ni de pr\u00e9senter l\u2019Espagne comme un mod\u00e8le parfait. Le syst\u00e8me espagnol conna\u00eet lui aussi des tensions, des d\u00e9lais, des in\u00e9galit\u00e9s territoriales et des d\u00e9bats sur la place du priv\u00e9. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019exemple espagnol r\u00e9side dans la clart\u00e9 du choix politique : face aux d\u00e9rives de la privatisation, l\u2019Etat tente de reprendre la main. <br \/>Au Maroc, la question doit \u00eatre pos\u00e9e avec la m\u00eame franchise : la g\u00e9n\u00e9ralisation de la couverture m\u00e9dicale prot\u00e8ge-t-elle r\u00e9ellement le citoyen, ou risque-t-elle de devenir un m\u00e9canisme de financement indirect des cliniques priv\u00e9es ? L\u2019argent de la solidarit\u00e9 nationale sert-il \u00e0 renforcer l\u2019h\u00f4pital public, ou \u00e0 solvabiliser le march\u00e9 des soins ? Sert-il \u00e0 construire l\u2019Etat social, ou \u00e0 compenser les faiblesses d\u2019un service public laiss\u00e9 trop longtemps en difficult\u00e9 ? <\/p>\n<p>Le citoyen malade n\u2019attend pas une r\u00e9forme racont\u00e9e dans les communiqu\u00e9s. Il attend un m\u00e9decin, un lit, un m\u00e9dicament, un rendez-vous raisonnable, des urgences fonctionnelles et un h\u00f4pital public qui respecte sa dignit\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce niveau concret que se mesure la sinc\u00e9rit\u00e9 d\u2019une politique sanitaire. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>A Madrid, l\u2019h\u00f4pital public redevient la r\u00e8gle; \u00e0 Rabat, il risque de devenir l\u2019oubli\u00e9 de la r\u00e9forme sanitaire<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>L\u2019initiative espagnole du 12 mai 2026 part d\u2019un principe clair : la gestion publique directe des h\u00f4pitaux doit \u00eatre la r\u00e8gle, et le recours au priv\u00e9 doit rester l\u2019exception. Ce choix n\u2019est pas seulement administratif. Il est profond\u00e9ment politique. Il signifie que l\u2019\u00c9tat refuse de laisser l\u2019h\u00f4pital public glisser progressivement vers une logique de d\u00e9l\u00e9gation, de rentabilit\u00e9 et de d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des op\u00e9rateurs priv\u00e9s. <br \/>En Espagne, la question est pos\u00e9e frontalement : qui doit contr\u00f4ler l\u2019h\u00f4pital public ? La puissance publique ou les entreprises ? L\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou la rentabilit\u00e9 ? Le malade ou le contrat ? <br \/>Au Maroc, le d\u00e9bat reste plus ambigu. Le discours officiel parle de g\u00e9n\u00e9ralisation de la protection sociale, de groupements sanitaires territoriaux, de num\u00e9risation, de gouvernance et de parcours de soins. Ces mots sont importants, mais ils ne suffisent pas. La question d\u00e9cisive demeure celle-ci : que vaut une couverture m\u00e9dicale \u00e9largie si l\u2019offre publique reste insuffisante ? <\/p>\n<p>Le risque marocain n\u2019est pas forc\u00e9ment celui d\u2019une privatisation brutale, visible et d\u00e9clar\u00e9e. Il peut \u00eatre plus discret. Il consiste \u00e0 cr\u00e9er une demande solvable gr\u00e2ce aux cotisations et aux remboursements, puis \u00e0 laisser cette demande se diriger vers les cliniques priv\u00e9es faute d\u2019un h\u00f4pital public suffisamment fort. Dans ce cas, la r\u00e9forme porte un nom social, mais produit un effet marchand. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>Couverture m\u00e9dicale : prot\u00e9ger le malade ou solvabiliser le client ?<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>La g\u00e9n\u00e9ralisation de la couverture m\u00e9dicale peut constituer une avanc\u00e9e sociale majeure. Mais elle peut aussi devenir une illusion si elle n\u2019est pas accompagn\u00e9e d\u2019un renforcement massif de l\u2019h\u00f4pital public. <br \/>Etre couvert ne signifie pas automatiquement \u00eatre soign\u00e9. Un citoyen peut disposer d\u2019une carte, mais ne pas trouver de rendez-vous. Il peut avoir droit au remboursement, mais devoir avancer une somme lourde. Il peut relever d\u2019un r\u00e9gime de protection, mais se heurter \u00e0 l\u2019absence de m\u00e9decin, au manque de m\u00e9dicaments, \u00e0 la saturation des urgences ou \u00e0 la facture d\u2019une clinique. <\/p>\n<p>C\u2019est cette contradiction qu\u2019il faut nommer. Une couverture m\u00e9dicale sans offre publique suffisante risque de transformer le patient en client partiellement rembours\u00e9. Le citoyen ne se trouve plus prot\u00e9g\u00e9 par un service public fort ; il est orient\u00e9 vers un march\u00e9 des soins que la solidarit\u00e9 nationale contribue \u00e0 financer. <br \/>L\u2019Etat social ne peut pas se limiter \u00e0 distribuer des cartes ou \u00e0 \u00e9largir des fichiers de b\u00e9n\u00e9ficiaires. Il doit garantir un acc\u00e8s r\u00e9el, rapide, digne et \u00e9quitable au soin. La vraie question n\u2019est donc pas seulement : combien de Marocains sont couverts ? La vraie question est : combien de Marocains peuvent r\u00e9ellement se soigner dans de bonnes conditions ? <br \/>La premi\u00e8re question produit des statistiques. La seconde produit une politique publique. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>Quand la solidarit\u00e9 cotise, qui encaisse ?<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>Une r\u00e9forme sociale ne se juge pas seulement \u00e0 ses intentions. Elle se juge \u00e0 ses b\u00e9n\u00e9ficiaires r\u00e9els. Qui profite concr\u00e8tement de la transformation du syst\u00e8me de sant\u00e9? Le patient qui cherche des soins accessibles? L\u2019h\u00f4pital public qui devrait \u00eatre renforc\u00e9? Ou le march\u00e9 des soins qui b\u00e9n\u00e9ficie du flux croissant des remboursements? <br \/>Lorsque plus de 90% des remboursements des mutuelles, selon les donn\u00e9es largement \u00e9voqu\u00e9es dans le d\u00e9bat public, se dirigent vers les cliniques priv\u00e9es, nous ne sommes pas devant un simple indicateur comptable. Nous sommes devant un signal politique pr\u00e9occupant. Cela signifie que l\u2019argent collectif, au lieu de reconstruire prioritairement l\u2019h\u00f4pital public, accompagne massivement l\u2019expansion de l\u2019offre priv\u00e9e. <br \/>Le citoyen cotise. Les organismes remboursent. Les cliniques encaissent. Pendant ce temps, l\u2019h\u00f4pital public continue de souffrir du manque de m\u00e9decins, de personnels infirmiers, d\u2019\u00e9quipements, de m\u00e9dicaments, de lits disponibles et de d\u00e9lais acceptables. <\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de nier l\u2019existence du secteur priv\u00e9. Dans tout syst\u00e8me de sant\u00e9 moderne, le priv\u00e9 peut jouer un r\u00f4le compl\u00e9mentaire. Mais ce r\u00f4le doit \u00eatre encadr\u00e9, contr\u00f4l\u00e9, \u00e9valu\u00e9 et limit\u00e9. Le probl\u00e8me commence lorsque le priv\u00e9 cesse d\u2019\u00eatre un compl\u00e9ment et devient la r\u00e9ponse principale aux faiblesses du public. <br \/>A ce moment-l\u00e0, la couverture m\u00e9dicale ne corrige plus l\u2019in\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s aux soins. Elle risque de la d\u00e9placer. Elle donne au citoyen une carte, mais ne lui garantit pas un service public. Elle promet la protection, mais laisse subsister la facture. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>Le patient, l\u2019h\u00f4pital ou la clinique priv\u00e9e : qui gagne vraiment dans cette r\u00e9forme ?<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>La r\u00e9forme sanitaire marocaine sera jug\u00e9e sur une question simple : qui en sort r\u00e9ellement renforc\u00e9 ? <br \/>Si le patient gagne un droit effectif au soin, la r\u00e9forme aura un sens social. Si l\u2019h\u00f4pital public gagne des m\u00e9decins, des \u00e9quipements, des m\u00e9dicaments, des lits et des d\u00e9lais raisonnables, la r\u00e9forme aura une port\u00e9e structurelle. Mais si les cliniques priv\u00e9es deviennent les premi\u00e8res b\u00e9n\u00e9ficiaires du flux financier g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la couverture m\u00e9dicale, alors il faudra avoir le courage de dire que la r\u00e9forme aura chang\u00e9 de destination. <br \/>Le danger est l\u00e0 : construire une protection sociale qui \u00e9largit la demande sans reconstruire l\u2019offre publique. Dans ce cas, l\u2019Etat ne r\u00e9pare pas son service public; il donne au citoyen une capacit\u00e9 partielle d\u2019achat sur le march\u00e9 des soins. Ce n\u2019est pas la m\u00eame chose. <\/p>\n<p>La sant\u00e9 publique ne peut pas \u00eatre pens\u00e9e uniquement \u00e0 partir du remboursement. Elle doit \u00eatre pens\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019acc\u00e8s. Un syst\u00e8me juste n\u2019est pas celui qui rembourse apr\u00e8s coup une partie des frais, mais celui qui permet au citoyen de se soigner sans humiliation, sans attente interminable, sans renoncement et sans peur de la facture. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>Le priv\u00e9 en Espagne : un appoint contr\u00f4l\u00e9; au Maroc : une b\u00e9quille pour un public affaibli ?<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>La comparaison entre l\u2019Espagne et le Maroc devient ici plus nette. L\u2019Espagne semble dire : le priv\u00e9 peut exister, mais il doit rester \u00e0 sa place. Il doit \u00eatre justifi\u00e9, contr\u00f4l\u00e9, \u00e9valu\u00e9 et soumis \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Le Maroc, lui, semble parfois avancer dans une autre logique : puisque le public est faible, le priv\u00e9 absorbera la demande. La diff\u00e9rence est fondamentale. <br \/>Dans le premier cas, le priv\u00e9 reste un appoint sous contr\u00f4le public. Dans le second, il devient progressivement une b\u00e9quille permanente pour un h\u00f4pital public affaibli. Et lorsqu\u2019une b\u00e9quille devient indispensable, elle finit par modifier tout l\u2019\u00e9quilibre du syst\u00e8me. <br \/>C\u2019est l\u00e0 que le Maroc doit clarifier son choix. Veut-il reconstruire un h\u00f4pital public fort, capable d\u2019accueillir dignement les citoyens ? Ou veut-il seulement \u00e9largir la couverture pour permettre aux citoyens de se tourner vers le priv\u00e9 lorsque le public ne r\u00e9pond plus ? <br \/>Une r\u00e9forme sanitaire ne peut pas se contenter de compenser la faiblesse du public par la solvabilisation du priv\u00e9. Elle doit corriger la faiblesse du public elle-m\u00eame. Sinon, la protection sociale devient une assurance partielle contre l\u2019\u00e9chec du service public, au lieu d\u2019\u00eatre un instrument de reconstruction de ce service. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>Partenariat sanitaire : coop\u00e9ration utile ou privatisation par petites touches ?<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>Le d\u00e9bat espagnol est instructif sur la question des partenariats public-priv\u00e9. Le gouvernement espagnol ne nie pas toute coop\u00e9ration avec le secteur priv\u00e9. Il affirme seulement que cette coop\u00e9ration doit \u00eatre exceptionnelle, justifi\u00e9e, contr\u00f4l\u00e9e et \u00e9valu\u00e9e. Surtout, il refuse que le priv\u00e9 devienne le gestionnaire ordinaire d\u2019un service financ\u00e9 par l\u2019argent public. <br \/>C\u2019est pourquoi l\u2019Espagne veut tourner la page de certaines formes de gestion ouvertes depuis la loi 15\/1997. L\u2019objectif est notamment d\u2019emp\u00eacher qu\u2019une m\u00eame entreprise priv\u00e9e puisse construire une infrastructure hospitali\u00e8re puis g\u00e9rer les services de soins qui y sont fournis. <br \/>Derri\u00e8re cette mesure, il y a une id\u00e9e simple : celui qui construit, facture, g\u00e8re et contr\u00f4le le service ne doit pas devenir \u00e0 la fois op\u00e9rateur, b\u00e9n\u00e9ficiaire et arbitre du syst\u00e8me. Lorsqu\u2019un acteur priv\u00e9 ma\u00eetrise toute la cha\u00eene, le malade risque de devenir une source permanente de revenus, et le service public risque de conserver son apparence tout en perdant progressivement son esprit. <\/p>\n<p>Au Maroc, le partenariat public-priv\u00e9 est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme une solution moderne, presque \u00e9vidente. Mais il faut sortir de cette fascination automatique. Un partenariat peut \u00eatre utile lorsqu\u2019il r\u00e9pond \u00e0 un besoin pr\u00e9cis, limit\u00e9 dans le temps, \u00e9valu\u00e9 publiquement et plac\u00e9 sous contr\u00f4le strict. Mais lorsqu\u2019il devient une r\u00e9ponse permanente \u00e0 la faiblesse du public, il change de nature. Il ne compl\u00e8te plus le service public. Il le remplace progressivement. <\/p>\n<p>La vraie question n\u2019est donc pas de savoir si le Maroc doit travailler ou non avec le secteur priv\u00e9. La vraie question est : qui fixe les r\u00e8gles ? Qui contr\u00f4le les co\u00fbts ? Qui \u00e9value la qualit\u00e9 ? Qui prot\u00e8ge le patient ? Qui emp\u00eache que l\u2019argent de la solidarit\u00e9 nationale devienne une rente sanitaire ? <br \/>Sans r\u00e9ponses claires, le partenariat sanitaire peut devenir une privatisation par petites touches : une convention ici, une d\u00e9l\u00e9gation l\u00e0, une exception ailleurs, jusqu\u2019au jour o\u00f9 l\u2019exception devient syst\u00e8me. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>Territorialiser la sant\u00e9 ou r\u00e9gionaliser la p\u00e9nurie ?<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>L\u2019Espagne dispose d\u2019un syst\u00e8me de sant\u00e9 largement d\u00e9centralis\u00e9. Les communaut\u00e9s autonomes jouent un r\u00f4le important dans la gestion des services sanitaires. Mais cette d\u00e9centralisation ne signifie pas abandon de l\u2019Etat. La puissance publique conserve une fonction de coordination, de garantie et d\u2019\u00e9quilibre national. <br \/>C\u2019est l\u00e0 un enseignement pr\u00e9cieux pour le Maroc. La territorialisation de la sant\u00e9 peut \u00eatre une chance. Elle peut rapprocher la d\u00e9cision du terrain, mieux organiser les ressources et adapter l\u2019action sanitaire aux besoins r\u00e9els des populations. Mais elle peut aussi devenir un risque si elle n\u2019est pas encadr\u00e9e par une logique d\u2019\u00e9quit\u00e9. <br \/>Les groupements sanitaires territoriaux ne doivent pas devenir une nouvelle architecture administrative pour g\u00e9rer les m\u00eames p\u00e9nuries anciennes. Ils doivent \u00eatre des instruments de correction des in\u00e9galit\u00e9s. Une r\u00e9gion mieux \u00e9quip\u00e9e ne doit pas avancer seule, pendant qu\u2019une autre r\u00e9gion continue d\u2019attendre les m\u00e9decins, les \u00e9quipements et les services sp\u00e9cialis\u00e9s. <\/p>\n<p>Le danger n\u2019est pas la r\u00e9gionalisation en elle-m\u00eame. Le danger est de r\u00e9gionaliser la p\u00e9nurie. Une province \u00e9loign\u00e9e restera d\u00e9pendante des grands centres hospitaliers. Une r\u00e9gion pauvre en ressources humaines continuera de reporter les rendez-vous. Le citoyen d\u00e9couvrira alors que son droit au soin d\u00e9pend encore de son lieu de r\u00e9sidence. <br \/>Le Maroc ne doit pas passer d\u2019une centralisation lourde \u00e0 une territorialisation injuste. La proximit\u00e9 ne vaut que si elle apporte des moyens. La gouvernance territoriale ne vaut que si elle r\u00e9duit les \u00e9carts. Et la r\u00e9gionalisation sanitaire ne m\u00e9rite son nom que si elle garantit \u00e0 Tanger, T\u00e9touan, Errachidia, Zagora, Guercif, La\u00e2youne ou Dakhla un socle commun de services de sant\u00e9. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>Gouvernance sans chiffres : peut-on r\u00e9former sans dire o\u00f9 va l\u2019argent ?<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>La gouvernance ne peut pas rester un mot commode que l\u2019on r\u00e9p\u00e8te dans tous les discours. Elle doit se traduire par des chiffres, des rapports, des \u00e9valuations, des responsabilit\u00e9s et une transparence r\u00e9guli\u00e8re. <br \/>L\u2019Espagne exige la justification du recours \u00e0 la gestion indirecte, la publication d\u2019indicateurs et l\u2019\u00e9valuation des exp\u00e9riences ant\u00e9rieures. Elle cherche \u00e0 savoir ce qui a fonctionn\u00e9, ce qui a \u00e9chou\u00e9, ce qui a co\u00fbt\u00e9 trop cher, ce qui a am\u00e9lior\u00e9 la qualit\u00e9 des soins et ce qui a affaibli le service public. <br \/>Au Maroc, les mots ne manquent pas : gouvernance, convergence, efficacit\u00e9, digitalisation, territorialisation, partenariat. Mais ces mots ne suffisent plus. Le citoyen a besoin de savoir o\u00f9 va l\u2019argent de la couverture m\u00e9dicale. <\/p>\n<p>Combien va aux h\u00f4pitaux publics ? Combien va aux cliniques priv\u00e9es ? Combien reste \u00e0 la charge des familles ? Quels sont les d\u00e9lais d\u2019attente par r\u00e9gion ? Combien de m\u00e9decins et d\u2019infirmiers par province ? Quels \u00e9tablissements profitent r\u00e9ellement des remboursements ? Quels territoires restent \u00e0 l\u2019\u00e9cart ? Les groupements sanitaires territoriaux am\u00e9liorent-ils l\u2019acc\u00e8s aux soins ou r\u00e9organisent-ils seulement la p\u00e9nurie ? <br \/>R\u00e9former sans publier ces donn\u00e9es, c\u2019est demander au citoyen de croire sans v\u00e9rifier. Or la sant\u00e9 publique ne peut pas \u00eatre gouvern\u00e9e par la confiance aveugle. Elle doit \u00eatre gouvern\u00e9e par la preuve. <br \/>Le Maroc n\u2019a pas seulement besoin d\u2019une r\u00e9forme institutionnelle. Il a besoin d\u2019une comptabilit\u00e9 politique de la sant\u00e9 : qui paie, qui re\u00e7oit, qui soigne, qui attend et qui profite ?\u00a0 <br \/>\u00a0 <br \/><strong>Une carte de patient ne soigne pas : sans m\u00e9decin, sans lit et sans m\u00e9dicament, la couverture reste incompl\u00e8te<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>L\u2019Espagne ne limite pas son action \u00e0 la gestion hospitali\u00e8re. Elle agit aussi sur le co\u00fbt du m\u00e9dicament et sur l\u2019impact des d\u00e9penses de sant\u00e9 sur le pouvoir d\u2019achat. En r\u00e9formant le syst\u00e8me de contribution pharmaceutique, elle cherche \u00e0 \u00e9viter qu\u2019un patient renonce \u00e0 son traitement pour des raisons financi\u00e8res. Les plafonds mensuels, la progressivit\u00e9 selon les revenus et l\u2019attention port\u00e9e aux retrait\u00e9s traduisent une logique sociale claire : le soin ne doit pas appauvrir le malade. <br \/>La m\u00eame orientation se retrouve dans l\u2019effort budg\u00e9taire consacr\u00e9 \u00e0 la sant\u00e9 mentale et \u00e0 la pr\u00e9vention du suicide. L\u00e0 encore, l\u2019Espagne inscrit la sant\u00e9 dans une conception large de la protection sociale. Elle ne limite pas l\u2019action publique \u00e0 la maladie d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9e. Elle intervient aussi sur la pr\u00e9vention, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 et les risques sociaux. <\/p>\n<p>Au Maroc, le citoyen se trouve encore trop souvent entre deux r\u00e9alit\u00e9s contradictoires : il est administrativement couvert, mais financi\u00e8rement expos\u00e9. Il peut avoir une carte, mais devoir payer. Il peut avoir droit \u00e0 un remboursement, mais rester incapable de supporter l\u2019avance ou le reste \u00e0 charge. Il peut relever d\u2019un r\u00e9gime de protection, mais finir par retarder ses soins. <\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi le d\u00e9bat sur la sant\u00e9 ne doit pas se limiter au nombre de b\u00e9n\u00e9ficiaires de la couverture. Il doit porter sur la d\u00e9pense r\u00e9elle des m\u00e9nages, sur le co\u00fbt du m\u00e9dicament, sur l\u2019acc\u00e8s aux examens, sur les d\u00e9lais, sur la qualit\u00e9 des urgences et sur la capacit\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital public \u00e0 accueillir dignement les citoyens. <br \/>Une carte de couverture m\u00e9dicale ne soigne pas \u00e0 elle seule. Elle n\u2019op\u00e8re pas un malade. Elle ne prescrit pas un traitement. Elle ne cr\u00e9e pas un lit. Elle ne remplace pas un m\u00e9decin absent. Elle ne r\u00e9duit pas automatiquement les d\u00e9lais. Sans service public fort, la carte devient une promesse incompl\u00e8te. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>Reconstruire l\u2019h\u00f4pital public avant de nourrir le march\u00e9 des soins<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>Si le Maroc veut tirer une le\u00e7on utile de l\u2019exp\u00e9rience espagnole, il doit d\u2019abord clarifier son choix politique. La sant\u00e9 publique doit \u00eatre plac\u00e9e au centre de la r\u00e9forme, non \u00e0 sa marge. La g\u00e9n\u00e9ralisation de la couverture m\u00e9dicale ne doit pas devenir une autoroute financi\u00e8re vers les cliniques priv\u00e9es. <br \/>Il faut faire de la gestion publique de l\u2019h\u00f4pital une r\u00e8gle claire. Il faut encadrer strictement les partenariats avec le priv\u00e9. Il faut imposer une justification pr\u00e9alable de chaque recours au secteur priv\u00e9, en pr\u00e9cisant le besoin, la dur\u00e9e, le co\u00fbt et l\u2019impact attendu. <\/p>\n<p>Il faut aussi cr\u00e9er une instance ind\u00e9pendante d\u2019\u00e9valuation des partenariats sanitaires. Il faut publier chaque ann\u00e9e les indicateurs de qualit\u00e9, les d\u00e9lais d\u2019attente, les ressources humaines disponibles, les \u00e9carts territoriaux et la destination r\u00e9elle des financements issus de la couverture m\u00e9dicale. <br \/>Il faut surtout suivre le parcours de l\u2019argent social : les cotisations financent-elles l\u2019h\u00f4pital public ou renforcent-elles les cliniques priv\u00e9es ? Cette question doit \u00eatre plac\u00e9e au c\u0153ur du d\u00e9bat national. <\/p>\n<p>Enfin, le Maroc doit garantir un panier national de soins dans chaque r\u00e9gion. Le droit \u00e0 la sant\u00e9 ne doit pas d\u00e9pendre du lieu de naissance, du revenu familial ou de la proximit\u00e9 d\u2019une clinique. Il doit \u00eatre garanti par la puissance publique, financ\u00e9 par la solidarit\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9 d\u00e9mocratiquement. <br \/>Le v\u00e9ritable Etat social ne se mesure pas au nombre de cartes distribu\u00e9es. Il se mesure \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019un citoyen modeste \u00e0 se soigner sans humiliation, sans attente interminable et sans peur de la facture. <br \/>\u00a0 <br \/><strong>La sant\u00e9 n\u2019est pas \u00e0 vendre, et l\u2019Etat social ne se sous-traite pas<\/strong> <br \/>\u00a0 <br \/>La comparaison entre l\u2019Espagne et le Maroc r\u00e9v\u00e8le deux trajectoires diff\u00e9rentes. L\u2019Espagne, malgr\u00e9 les contradictions de son propre syst\u00e8me, tente de reprendre l\u2019initiative publique, de limiter les exc\u00e8s du priv\u00e9 et de replacer l\u2019h\u00f4pital au c\u0153ur de l\u2019Etat social. Le Maroc, lui, risque de g\u00e9n\u00e9raliser la couverture m\u00e9dicale sans reconstruire assez vite l\u2019offre publique, laissant ainsi le secteur priv\u00e9 profiter du flux des remboursements et de la faiblesse de l\u2019h\u00f4pital. <br \/>Notre pays n\u2019a pas besoin d\u2019une r\u00e9forme qui rassure les op\u00e9rateurs plus que les malades. Il n\u2019a pas besoin d\u2019une couverture m\u00e9dicale qui donne une carte au citoyen mais le laisse face \u00e0 la facture. Il n\u2019a pas besoin d\u2019une territorialisation qui rapproche les structures sans rapprocher les moyens. <\/p>\n<p>Il a besoin d\u2019un choix politique clair : l\u2019argent de la solidarit\u00e9 doit servir prioritairement \u00e0 reconstruire l\u2019h\u00f4pital public. Le partenariat avec le priv\u00e9 doit rester encadr\u00e9, contr\u00f4l\u00e9 et compl\u00e9mentaire. La r\u00e9gionalisation sanitaire doit r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s et non les d\u00e9placer. La gouvernance doit publier les chiffres et non r\u00e9p\u00e9ter les slogans. <br \/>La sant\u00e9 n\u2019est pas une marchandise. L\u2019h\u00f4pital n\u2019est pas une entreprise. Le patient n\u2019est pas un client. Ce n\u2019est pas une formule militante. C\u2019est la condition minimale d\u2019une r\u00e9forme sanitaire s\u00e9rieuse. <br \/>Car une couverture m\u00e9dicale qui ne permet pas de se soigner dignement n\u2019est pas encore une justice sanitaire. Et une r\u00e9forme qui finance le march\u00e9 sans reconstruire le service public n\u2019est pas une r\u00e9forme sociale achev\u00e9e. C\u2019est une r\u00e9forme qui change les mots, mais laisse le citoyen au m\u00eame endroit : entre un h\u00f4pital public \u00e9puis\u00e9, une clinique priv\u00e9e co\u00fbteuse et un Etat social encore inachev\u00e9. <\/p>\n<p><strong>Par Mohamed Assouali<\/strong> <br \/><em>Membre du Bureau politique de l\u2019Union socialiste des forces populaires <br \/>Secr\u00e9taire provincial du parti \u00e0 T\u00e9touan<\/em>\n\t\t\t\t <\/p>\n<\/div>\n<p><br \/>\n<br \/><a href=\"https:\/\/www.libe.ma\/Au-Maroc-le-penchant-irait-vers-le-marche-des-cliniques-privees-L-Espagne-s-applique-a-soigner-son-hopital-public_a161422.html\">Source link <\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A quelques kilom\u00e8tres du Maroc, l\u2019Espagne socialiste choisit de remettre l\u2019h\u00f4pital public au centre de sa politique sanitaire. 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